Les dessous de la croissance

Développement durable, éco-efficience, croissance verte, green new deal, etc., – la novlangue regorge d’oxymores anxiolytiques. L’un des derniers en date, la « dématérialisation de la croissance », laisse même entendre que l’économie mondiale peut croître plus vite en consommant moins de matières. Multiplier les pains (et les poissons) ex nihilo est un rêve occidental vieux comme la Bible, et l’enthousiasme généré par les gadgets comme l’imprimante 3D, dont on attend qu’ils fabriquent tout ou presque à partir de presque rien, montre qu’il n’a rien perdu de sa force. Les organisations internationales qui promeuvent l’objectif de dématérialisation assurent d’ailleurs qu’au cours du siècle dernier l’humanité a déjà fait une bonne partie du chemin1. Il est facile de se laisser convaincre. Après une première « révolution » Internet au tournant des années 2000, voilà qu’aujourd’hui le tout-numérique, le tout-mobile, le tout-sans-fil nous donnent effectivement l’illusion de flotter dans l’éther. Pourtant, il n’en est rien : le constat est erroné et la promesse mensongère. L’amélioration de l’efficacité matérielle et énergétique (économies de matières et d’énergie par unité de production effectivement constatées au cours du siècle dernier) n’a pas fait baisser la consommation globale. Sur la période de 1900 à 2005, alors que la population a quadruplé, l’extraction des matériaux de construction a été multipliée par 34, celle de minerais métalliques et industriels par 27, celle des combustibles fossiles par 12 et celle de la biomasse – « ressource » la plus directement utilisée pour couvrir les besoins de base, notamment alimentaires – par 3,6 « seulement »2. Entre « effet rebond » et exploitation de ressources nouvelles (pétrole, uranium, divers « petits métaux »,…) qui s’additionnent à celles qu’on extrayait déjà auparavant (charbon, métaux industriels traditionnels, ressources agricoles…), le seul changement structurel observable au niveau mondial a été le passage d’une « économie organique », essentiellement basée sur la consommation de la biomasse, à une « économie minérale », de plus en plus dépendante des minerais et des hydrocarbures3. Continuer la lecture de Les dessous de la croissance

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No TAV, Nicoletta, la Credenza entretien réalisé en plusieurs fois, entre la fin 2014 et le printemps 2016

Ce matin ma maison a été perquisitionnée pour une manifestation que nous avions faite contre le chantier du TAV. Désormais j’ai l’obligation d’aller signer chaque jour chez les carabiniers de Susa. Alors, que ce soit clair, moi je n’accepte pas d’aller chaque jour demander pardon aux carabiniers, je n’accepterai pas que ma maison devienne ma prison, et par conséquent, c’est eux qui décideront. Notre lutte est tellement forte, nous luttons pour le droit de tous à vivre et à vivre bien, on ne lutte pas seulement pour notre vallée mais pour un monde plus juste et vivable pour tous. Donc, au regard de cela, nous n’avons pas peur, on ne s’agenouille devant personne, et donc, moi, signer, je n’y vais pas, et je resterai encore moins enfermée à la maison à attendre qu’ils viennent contrôler si j’y suis ou si je n’y suis pas. Nous sommes nés libres, libres nous restons. Libres et égaux.

Ainsi parle Nicoletta au lendemain d’une énième attaque judiciaire contre le mouvement No TAV. À l’aube du 21 juin dernier, 23 personnes se voient imposer des mesures allant de l’obligation quotidienne d’aller signer au commissariat à l’emprisonnement. Certains sont valsusains, d’autres non. Certains sont jeunes, d’autres non. Tous sont accusés d’avoir participé à la manifestation du 28 juin 2015 durant laquelle un morceau des grilles du chantier du TAV avait été arraché. Ce jour-là, 5000 personnes avaient marché vers le fortin malgré l’interdiction de la Préfecture. Un an plus tard, la répression tente de laver l’affront qu’avait constitué cette journée. Mais parmi ces 23 No TAV, certains ont décidé de refuser les restrictions auxquelles ils sont condamnés. Parmi eux, Gianluca, militant turinois assigné à résidence, qui a trouvé refuge à la Credenza, le bar-pizzeria de Bussoleno, siège depuis lors d’un presidio permanent dans l’attente de la police. Puis Giuliano, qui a déclaré publiquement qu’il ne se plierait pas à ces privations de liberté. Et Nicoletta, 70 ans, professeure de lettres classiques à la retraite.

Pour la suite de l’entretien:

https://constellations.boum.org/spip.php?article197

Squats, mode d’emploi de Azozomox

http://www.forumcivique.org/fr/articles/questions-dhier-et-de-demain-squats-mode-d%E2%80%99emploi

Nous continuons notre série d’articles sur les squats, cette fois-ci
avec un historique des squats en Allemagne: les occupations à partir de
1968 à Berlin-Ouest, Berlin-Est et dans le Berlin unifié. Cette partie
est consacrée à Berlin-Ouest.

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Ana Bednik « Extractivisme, exploitation industrielle de la nature : logiques, conséquences, résistances »

Alors que le maillage tissé par l’aménagement du territoire se veut
toujours plus dense, visant à rendre les lieux qu’il cible toujours plus
capitalisables et contrôlables, il est des habitants qui lui opposent un
non ferme et sans appel. Ainsi du bocage de Notre-Dame-des-Landes et de
la vallée italienne de Susa qui luttent depuis des décennies contre des
infrastructures à grande vitesse, aéroport international pour l’un, TGV
Lyon-Turin pour l’autre. L’opiniâtreté de leur refus, autant que
l’ampleur que ces luttes ont acquise, ont fait mentir toutes les
prévisions du pouvoir. A tel point qu’elles redessinent aujourd’hui avec
leur propre plume l’avenir de leurs territoires.
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