Intersectionnalité: quelques explications de vocabulaire…

Le numéro 9 de la revue de « récits, analyses et critiques » TIMULT paru en mars 2016 en France aborde la question du privilège blanc, et les questions de l’antiracisme. Suite à un débat houleux qui eut lieu en Allemagne à l’occasion du No Border camp de 2012 à Cologne. A travers différents textes, la revue explore les désaccords et tente d’esquisser des pistes pour les luttes antiracistes. Un glossaire a été réalisé à cette occasion par les traductrices, histoire d’être plus précis dans la complexité et subtilité des différents concepts. Nous vous le proposons tel quel, comme une introduction à quelques notions liées à l’intersectionnalité.

GLOSSAIRE

On a cherché à définir quelques mots/expressions parce qu’ils sont propres au contexte politique germanophone et/ou parce qu’ils nous semblaient importants politiquement. Définir des termes simplement, c’est un exercice difficile.

Les termes compliqués existent souvent parce qu’ils sont nécessaires pour décrire des idées, des mouvements, des cadres de pensée complexes. Personne n’est obligé de les apprendre ou de les comprendre pour échanger dans le quotidien. Il s’agit de décider si l’on a envie ou pas de faire cet apprentissage, comme quand on décide d’apprendre comment marche une pompe à injection ou d’amener sa voiture au garage. Les termes politiques et scientifiques ont plusieurs sens ; ils ont les sens communs, mais aussi les sens qui sont en concurrence, en compétition selon les courants théoriques ou politiques… Puis, les mots sont en mouvement, ils ont des sens variés et se transforment selon les contextes, les bouches qui les articulent et les oreilles qui les entendent/écoutent

Du coup, loin de simplifier, ce glossaire veut aider en partageant quelques bases, poser des questions aussi, et donner des pistes pour aller chercher plus loin… dans une envie de transformations sociales et d’autres partages des savoirs/pouvoirs.

LES TRADUCTRICES

 

Critical Whiteness

Expression courante en langue allemande pour décrire un champ universitaire et politique à l’origine étasunien, les whiteness studies, que l’on pourrait traduire en français par études/théories/approches critiques de la blanchité. Lire dans le numéro 9 de timult, p. 18, Le Privilège blanc de Rokhaya Diallo,

Person of Color (singulier), People of Color (pluriel), PoC (prononcé pi-o-ci)

Par extension: Woman of Color, Lesbian of Color, of Color comme adjectif, termes utilisés dans leurs formes anglophones en allemand. Ces termes sont utilisés pour exprimer une solidarité parmi un groupe non-homogène par des personnes qui se reconnaissent dans l’expérience du racisme, même si ce racisme peut prendre différentes formes. L’expression en tant qu’auto-désignation est toujours revendiquée comme une expression politique, si elle fait référence à une norme blanche à laquelle «of Color» s’oppose, il ne s’agit pas d’une couleur de peau mais d’un rapport social, un rapport minoritaire*, un rapport de domination raciste. Maisha Eggers, militante de l’association Adefra – Schwarze Frauen in Deutschland (Femmes Noires en Allemagne) explique le terme ainsi : « Je lis la désignation commune People of Color comme un signal (adressé vers l’intérieur autant que vers l’extérieur) et comme une volonté de mener une lutte partagée. J’ai vu des tracts du mouvement abolitionniste dans une documentation de 1968 sur les mouvements de résistance d’esclaves noires au 19e siècle, portant le titre Men of Color,To Arms (hommes de couleur, aux armes). C’est justement pourquoi le terme Person of Color me plaît, parce qu’il met ce type de récit des résistances au centre.Toujours est-il qu’il présente de nombreuses ambivalences. Il peut faire que des personnes racisées se voient mises sur le même plan quant à leur vulnérabilité à l’intérieur de l’ordre raciste. Alors que cela ne correspond pas à mon expérience en tant que personne avec un héritage africain (Person of African Héritage). […] Je suis une femme of Color, mais en premier lieu je suis noire. C’est mon expérience vécue la plus spécifique, une expérience de la réalité sociale, une expérience de moi-même et des rapports dans le monde. En premier lieu, je suis une femme noire. Et je suis aussi une féministe noire. C’est un endroit complexe, où se rencontrent des appartenances et des liens différents. C’est un endroit qui renvoie à des engagements (commitments) intellectuels, politiques et émotionnels partagés. »

À plusieurs endroits dans les textes nous avons choisi de traduire « Person of Color » par « personne racisée », car il nous semble que les deux termes partagent la volonté d’exprimer une solidarité à l’intérieur d’un groupe constitué/justifié par le racisme, une reconnaissance dans l’oppression raciste. Un autre parallèle entre ces deux termes est la critique qui leur est parfois faite, de masquer les différences entre les nombreuses formes que peuvent prendre les racismes. A d’autres endroits nous avons gardé le terme PoC tel quel, d’une part parce qu’il était lui-même (ou alors les imaginaires auxquels il renvoie) objet des discussions, d’autre part parce que «of Color» et «racisée» présentent aussi des différences de poids : la désignation «of Color» a eu différentes significations dans plusieurs espaces-temps, elle sert d’expression politique notamment en référence à des résistances contre l’ordre raciste dans l’histoire, mais le terme est parfois critiqué parce qu’il semble trop étroitement lié à un imaginaire raciste séparant les personnes selon leurs couleurs de peau (supposées). L’expression « racisée » est relativement récente et vient des milieux universitaires. Elle cherche à mettre le doigt sur les processus qui attribuent une race à une partie des personnes pour justifier l’ordre social raciste.

Minorité, minorisé-e, minoritaire

Le terme «minorité» désigne pour un groupe social le fait d’être en déficit de pouvoir. Les termes « minorisé-e » et « minoritaire » ont la même signification, mais insistent plus sur le processus d’être mis en déficit de pouvoir, et donc en minorité. Ces termes décrivent un rapport de pouvoir, une position subalterne (inférieure) par rapport au groupe hégémonique, majoritaire. Les groupes minoritaires et majoritaires ne sont pas symétriques, le rapport de pouvoir, produit une hiérarchie. Lorsque l’on parle de « minoritaire », on cherche à décrire la position sociale de groupes qui ont moins de pouvoir et pas de groupes qui sont plus petits en nombre, même si parfois l’un est utilisé pour justifier l’autre. Pour cette raison, et même si elles sont, de manière générale, aussi nombreuses que les hommes, les femmes sont un groupe minoritaire. Aux groupes minoritaires sont attribués des caractéristiques réelles ou fantasmées, tandis que les groupes hégémoniques/ majoritaires passent pour neutres et font norme, ceci à différents niveaux : juridique, économique, social, culturel, symbolique… Pour lire plus :

Colette Guillaumin, Sur la notion de minorité, dans L’homme et la société, 1985, volume 77, pp. 101 -109.

Subjectivité politique, subjectivation, sujet

Subjectivité est un concept de philosophie, subjectivation vient de la psychanalyse, mais est aussi repris en philosophie politique. Ces termes désignent les processus de devenir sujet : qui pense-t-on que l’on est ? Quelle image sociale s’accorde-t-on à soi-même ?

L’idée de subjectivité politique se rapproche de celle de conscientisation politique (marxiste). Il s’agit d’avoir une conscience de sa position sociale (celle que les autres nous attribuent et celle que l’on se construit pour soi-même) et de la mettre en lien avec les subjectivités des autres. Qu’est-ce qui nous imprime ? (Sara Ahmed) La subjectivité politique prend une dimension personnelle, mais aussi collective. Par exemple, qu’est-ce que je dis et veux signifier quand je dis que je suis lesbienne ? Le terme de « sujet » décrit l’« individu », la personne qui vit la subjectivation. Les scientifiques européens se sont définis comme des sujets, des experts tout en étudiant les autres (femmes, colonisées, fous et folles…), en les assignant à une place d’objet, de témoins de leurs vies. Pour cette raison, la subjectivation politique est une reprise de pouvoir sur sa vie : définir sa vie (et celles des groupes que l’on partage) plutôt que de la laisser définir par d’autres qui la dénigrent, l’assimilent à de l’anormal, à l’inférieur, au pervers, à l’infâme ou à l’insignifiant

Modernité, moderne, postmoderne

La modernité est un cadre de pensée aux contours flous. Son espace est l’Europe qui étend son impérialisme au monde entier. Son temps est flou aussi, la modernité peut partir de la révolution française et aller jusqu’à la chute du mur de Berlin. Elle peut aussi partir de la « découverte des Amériques » (conquête coloniale de l’Amérique du Nord, centrale et du Sud, avec toute la complexité des histoires qui en découlent) par Christophe Colomb en 1492 et aller jusqu’à la contestation du pouvoir de la place Tian’anmen (1989). La modernité décrit un régime de pouvoir qui part des pays européens, qui passe par la révolution industrielle, les conquêtes coloniales, un certain rapport rationnel au monde, un développement des sciences humaines et sociales… La modernité passe par des grandes oppositions binaires et par la constitution d’échelles de valeur, d’étalons au niveau cosmologique : nature/ culture, humain/animal, sujet/objet, homme/femme, développé/primitif, rationnel/sensible, religion/ superstition, normal/pervers… À partir des années 1980, des penseures se revendiquent comme postmodernes et cherchent à déplacer le cadre de pensée moderne : développer, traduire d’autres pensées et pratiques politiques, changer les dynamiques de savoir et de pouvoir. Ces mouvements et personnes sont très diverses, certain es s’attachent à remettre l’Europe à sa place. Il s’agit d’un continent, lui aussi divers, et non du centre du monde (ce que Chakrabarty appelle Provincialiser l’Europe) ; d’autres défont pratiquement dans leurs vies et leurs écrits les grandes impositions binaires (comme Anzaldua le propose avec la figure de la mestiza) ; d’autres encore cherchent à laisser la place à la négociation d’universaux plus justes à partir de différents points de vue (voir Arendt, Butler, Boukari-Yabara, Zahra Ali, etc.)

Die Linke / links

Littéralement : la gauche / de gauche, toutefois les termes ne recouvrent pas la même chose qu’en français et présentent une difficulté récurrente pour la traduction. Quand on parle de la gauche française, on parle d’une gauche institutionnelle : les partis politiques, les syndicats, etc. Même le terme extrême-gauche qualifie encore des partis politiques participant au système parlementaire. Si on veut parler en français de groupes politiques hors de ce cadre, on doit être plus explicite : des anarchistes, des totos, l’ultra-gauche, etc. En allemand, die Linke renvoie plutôt à ce qu’on pourrait appeler de manière un peu floue « les milieux militants ». Le terme est plus imprécis qu’en français, selon le contexte il comprend ou non des groupes plus institutionnels tels que les syndicats mais rarement des partis politiques (même si depuis quelques années il existe un parti s’appelant Die Linke). Par contre, il comprend toujours les groupes politiques qui se situent « plus à gauche » et le terme linksradikal ne désigne que des initiatives militantes hors du cadre institutionnel et parlementaire. L’adjectif links sert à désigner soit l’appartenance à ces réseaux, soit des analyses et discours politiques portés par ces milieux, et c’est dans ce sens que nous l’avons parfois traduit par « émancipateur ».

Definitionsmacht (pouvoir de définition)

Le concept de Definitionsmacht est développé par les milieux féministes en Allemagne à partir des années 1970/80 en tant que posture à prendre dans le soutien aux femmes ayant subi des violences sexuelles. Dans des cas d’agressions sexuelles, la perception des personnes concernées est souvent mise en doute ou du moins considérée comme discutable. Elle est mise alors sur le même plan que celles de personnes qui se trouvaient là par hasard, d’ami es, de l’entourage, de l’agresseur, etc. Le concept de Definitionsmacht est, au contraire, le parti pris inconditionnel de donner à la personne concernée le pouvoir de définir ce qui s’est passé. Comment on vit une situation et comment on la nomme ensuite, cela peut être différent selon les personnes. Le concept de Definitionsmacht reconnaît donc aussi qu’il n’est pas possible d’opérer avec des définitions figées, soi-disant objectives des violences, comme le font par exemple la police et la justice. Les féministes parlent d’un pouvoir (Macht) et non d’un droit (Recht), puisqu’il s’agit bien d’un contre-pouvoir revendiqué dans le cadre de luttes contre le système patriarcal et non d’un droit qui pourrait être accordé par une instance quelconque. Depuis les années 80, le concept a été élargi et repris par d’autres luttes (d’autres personnes que des femmes, d’autres types d’agressions que sexuelles,…). Certaines féministes insistent bien sur le fait que ce concept est un d’outil parmi d’autres de « justice communautaire » produit dans des espaces féministes et militants, et qui parfois devrait être adapté à d’autres contextes. Le concept de Definitionsmacht a été critiqué – par des courants anti-féministes, on s’en doutait – mais aussi dans le cadre de luttes antiracistes : des activistes réfugiées ont notamment souligné que ce concept pouvait créer des situations où des accusations sont portées contre des personnes sans qu’on leur explique précisément ce qui leur est reproché et sans possibilité de pouvoir se défendre, ce qui n’était pas sans leur rappeler certaines expériences traumatisantes qui les avaient amenées à quitter leurs pays d’origine. Sans pour autant remettre en question la Definitionsmacht dans l’absolu, ces critiques ont amené certains réseaux militants à affiner et à complexifier l’approche.Vous pouvez lire plus à ce sujet dans la brochure du réseau transact mentionnée dans l’introduction à ce dossier (note [I] page 20). Dans le contexte français ce concept est également appliqué par des féministes, sans pour autant être une véritable instance connue de toutes, comme il l’est dans les milieux militants germanophones.

Postcolonial, postcolonialisme, colonialité

Les théories postcoloniales, à partir des années 1980, et, au départ, surtout dans le monde anglo-saxon (États-Unis, Inde, Grande-Bretagne), dénoncent et déconstruisent des discours, des représentations coloniales du monde et la permanence de rapports de pouvoir du type colonial entre les anciens pays colonisés et les métropoles. Il faut rappeler l’importance de la colonisation dans l’histoire et l’actualité mondiales pour comprendre la portée politique de ces théories : « En I800, les puissances occidentales revendiquaient 55% de la surface de la terre, mais en détenaient en fait à peu près 35%. En 1878, elles en possédaient 6 7% : leur taux d’expansion avait donc été de 210 000 kilomètres carrés par an. En 1914, ce taux de croissance avait atteint le chiffre ahurissant de 620 000 kilomètres carrés par an, et l’Europe détenait une superficie totale grandiose, environ 85% de la surface de la terre, en colonies, protectorats, pays dépendants, dominions et commonwealth. », Edward Said, Culture et Impérialisme, 1992. À partir de là, des personnes et des mouvements intellectuels et/ou politiques se sont attachés à comprendre et à défaire les rapports de pouvoir postcoloniaux, ceci dans plusieurs pays et particulièrement au Moyen-Orient et en Inde, où ces théories ont déjà une longue histoire. En France (et en français), elles sont  relativement récentes et restent très minoritaires aussi dans les réseaux militants, malgré de claires volontés de les rendre effectives : postcolonialyon.wordpress.com. Dans d’autres espaces, les théories postcoloniales ont déjà largement circulé et ont été critiquées. Pour des auteurs comme Vivek Chibber, ces analyses accordent trop d’attention aux discours, aux représentations sociales (posture postmoderne*) et pas assez aux systèmes de production et de reproduction sociales (postures matérialistes et modernes). Les mouvements décoloniaux d’Amérique latine expriment aussi des critiques contre les approches postcoloniales considérées comme trop académiques, pas assez proches des réalités sociales… Ces derniers comprennent la proposition « décoloniale » comme un processus politique qui doit s’inscrire à tous les niveaux des sociétés pour déconstruire les modes de pouvoir produits par le colonialisme qu’ils nomment la « colonialité du pouvoir » : «C’est ainsi que la race, à la fois mode et résultat de la domination coloniale moderne* a imprégné tous les champs du pouvoir capitaliste mondial Autrement dit, la colonialité s’est constituée dans la matrice de ce pouvoir, capitaliste, colonial/moderne et eurocentré. Cette colonialité du pouvoir s’est avérée plus durable et plus enracinée que le colonialisme au sein duquel elle a été engendrée, et qu’elle a aidé à s’imposer mondialement », (Anibal Quijano, «Race» et colonialité du pouvoir, 2007)..

Atlantique Noir / Black Expérience

Par Atlantique Noir, le théoricien britannique Paul Gilroy décrit un espace culturel transnational, un lieu d’échanges et de liens au sein duquel se construisent et se dé-construisent sans cesse les cultures noires. L’océan atlantique est ici pensé comme un lieu traversé par les histoires des Africain es mis-es en esclavage, déplacé es dans le cadre du système colonial, de la diaspora noire aux Amériques et en Europe. Gilroy parle de la diaspora noire non pas dans l’idée plus « classique » d’une conscience communautaire et d’une sorte de mémoire d’une terre des origines. Tout au contraire, l’Atlantique Noir conteste les visions essentialistes et ethnicisantes des cultures noires, puisqu’il se veut un espace de mobilité, d’expériences et de savoirs noirs qui, depuis le système esclavagiste, donne naissance à des contre-cultures hybrides que les lectures eurocentrées de la modernité* se sont obstinées à ignorer ou à mépriser. Il est important de penser l’Atlantique Noir comme un espace en continuel mouvement. Le livre The Black Atlantic a été publié en 1993, voici l’extrait d’une interview avec Paul Gilroy en 2008 dans la revue Africultures : « Si vous regardez les statistiques aujourd’hui, vous verrez que les personnes d’origine caribéenne représenteront bientôt la minorité des Noirs vivant [en Grande Bretagne]. La majorité sera composée d’Africains pour qui l’histoire de l’esclavage n’a pas la même résonance. Nous nous trouvons à un stade de transition entre une ancienne communauté noire, la communauté caribéenne, et une nouvelle, d’origine africaine. Cette dernière étant tout autant divisée par la religion, la culture, la langue et l’expérience. Ses ressortissants ne sont pas tous réfugiés politiques, demandeurs d’asile ou venant d’une zone de guerre. La question est de savoir si la communauté britannique noire sera assez forte pour intégrer l’expérience de ces migrants qui contribuent à la formation d’une nouvelle communauté noire d’Angleterre ? Je ne sais pas quelle est la réponse à cela. J’espère que la réponse sera positive, mais il se peut que les craintes liées à l’insécurité et l’islamophobie soient des facteurs négatifs. Quand j’ai écrit The Black Atlantic, je pensais à l’histoire de l’esclavage. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour il y aurait des personnes qui remonteraient les côtes de l’Afrique de l’Ouest dans un petit bateau pour atteindre les pays de l’Union européenne. Alors, peut-être y a-t-il un autre Atlantique Noir fait de l’expérience de ces personnes qui ont quitté l’Afrique afin d’entrer dans la forteresse du monde développé ? »

Publicités