Georges LAPIERRRE: Presentation du livre Etre ouragans. Ecrits de la dissidence.

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Georges Lapierre, Être ouragans. Écrits de la dissidence.
by franz himmelbauer

Drôle de titre. Deux déclarations semblent l’avoir inspiré. D’abord
celle-ci, rapportée dans la préface : « Soyons un tourbillon de vents
dans le monde pour qu’ils nous rendent en vie nos disparus. Soyons une
vague et emportons ces monstres, noyons-les, ces scélérats qui nous ont
fait tant de mal. » (p. 15) Ces mots sont ceux d’un parent de disparu
d’Ayotzinapa (massacre des étudiants d’une école normale rurale perpétré
par les « forces de l’ordre » dans l’État du Guerrero, au Mexique, fin
septembre 2014). Puis celle-là, qui provient d’une intervention de Kiko,
délégué du peuple taïno, de l’île de Borikén, ancien nom de Porto-Rico,
lors de la rencontre des peuples du continent dit américain initiée par
les zapatistes, à Vicam (État de Sonora, Mexique) en 2007 : « L’homme
blanc ne s’est jamais confronté à toutes les nations indiennes unies.
Durant des années, chaque peuple s’est affronté à lui séparément et,
même ainsi, nous lui avons fait subir des dommages considérables. Ce
furent des batailles individuelles, mais la guerre à venir est celle où
tous nos guerriers seront unis du nord au sud, d’est en ouest… Nous
croyons que nous devons nous aligner sur les ouragans, les inondations,
les blizzards, tornades et tsunamis. » (p.529)

Contre le rouleau compresseur du capitalisme, ces deux déclarations
invoquent les forces de la terre, de la mer et du ciel. Elles émanent de
personnes appartenant à des peuples dont l’être ne se pense pas séparé
de celui des autres peuples, pas plus que des autres êtres vivants, ni
de l’eau, de la terre ou du feu. C’est bien ce que cherchent à montrer
ces « écrits de la dissidence » : que les résistances au capitalisme
désormais hégémonique sur la planète viennent principalement de son
dehors, des peuples et des zones non encore complètement colonisées par
la « peau de grenouille verte » (le dollar, comme l’appelait le Sioux
Tahca Ushte (De mémoire indienne, Tahca Ushte, Richard Erdoes, Pocket
éditions).

Le sous-titre, Écrits de la dissidence, s’explique, je pense, par la
position de l’auteur, lui-même issu du monde occidental, mais allié
depuis longtemps des peuples indiens du Mexique, où il vit désormais et
partage leurs luttes. (On verra plus loin qu’il ne néglige pas pour
autant les résistances de « l’intérieur », les dissidences, justement,
même si leur existence dépend de leur capacité à créer ou recréer un «
dehors », un extérieur du capitalisme, ce qui, on le conçoit, n’est pas
facile en son cœur même.) Mais ce terme de dissidence peut qualifier
aussi les luttes « du dehors », dans la mesure où, quelque soit leur
position d’extériorité par rapport au capitalisme, ce dernier, comme je
l’ai déjà dit, règne en maître à peu près partout sur ce que sa pensée
pauvre a réduit à un « univers ».

Voici donc un livre que l’on pourrait qualifier de « partisan », si son
auteur ne tenait pas à se démarquer nettement de toute politique : « Le
monde de la politique est le monde de la “représentation” fictive d’une
égalité (l’égalité entre les sujets d’un échange réciproque) à jamais
disparue. Les sociétés qui reposent sur une réciprocité génératrice
d’égalité sont des sociétés où le politique n’existe tout simplement pas
comme sphère séparée de la vie sociale, de l’ensemble des usages réglant
les relations entre les gens. » (p. 359, c’est moi qui souligne.) Je
dirai cependant qu’il s’agit d’un livre politique au sens où le
philosophe Jacques Rancière définit la politique, comme ce qui vient
perturber la gestion policière de la société, la soit-disant politique
qui n’est rien d’autre qu’une police. (Rancière, La Mésentente, Galilée
1995).

Mais je vais trop vite en besogne : en effet, il ne s’agit pas d’un
livre mais de trois « qui forment comme un tryptique. » Ces trois
livres, regroupés par l’Insomniaque en un seul fort volume de 688 pages,
s’intitulent respectivement : De la réalité et des représentations que
nous en avons, Six thèses pour une brève histoire du capitalisme des
origines à nos jours augmentée de quelques considérations critiques, et
enfin L’Expérience mexicaine. Ils explorent les questions suivantes : «
Comment saisir notre présent, cette réalité fuyante, souvent inédite,
trop familière pour être connue ? Quelles sont les forces en présence ?
Comment définir les résistances qui s’opposent à l’avancée, qui semble
inexorable, du monde marchand ? » (p. 7)

« […] dans ces trois livres, prévient l’auteur, je m’attache à faire
valoir un point de vue opposé à celui des marchands. C’est le point de
vue proposé par les sociétés sans État, par les peuples, les tribus, les
clans, les bandes, les pirates, les apaches, les blousons noirs, les
voyous et autres voyants. Je dis “voyants” car n’importe quel peuple en
résistance, n’importe quelle bande de petits voyous de banlieue, sait
très bien à quoi s’en tenir sur le monde dominant et sait très bien
qu’il y a incompatibilité – qu’il s’agit d’une situation de guerre et
qu’il n’y aura pas de trêve. Toute vie collective qui survit encore
de-ci, de-là, ou qui cherche à se maintenir ou à se reconstruire, à
s’inventer avec ce qu’elle a sous la main, avec ce qui surnage d’un
naufrage, entre en guerre. » (p. 14, c’est moi qui souligne.)

Le premier livre déploie « un discours sur la réalité en tant que soi,
en tant que réalité de la pensée se réalisant ; [l’auteur] y critique
deux concepts qui sont propres à notre représentation du monde et de
l’être : celui de nature et celui d’individu. » Dans le deuxième livre,
« il s’agit cette fois d’un discours sur l’apparence comme réalité ».
Quant au troisième, « il parle de la résistance que les peuples indiens
du Mexique opposent à l’avancée du monde marchand […] et se présente
comme une chronique des temps présents. » (p. 15) Dans ces trois livres,
Georges Lapierre expose comment une pensée, la pensée marchande, cherche
à éliminer toutes les autres pensées de la planète – tout en se
nourrissant de leur décomposition. Je dis bien pensées car, pour Georges
Lapierre, toute réalité est d’abord pensée. C’est le propre de l’homme :
« Nous avançons que la société est la réalité de la pensée ; l’homme, en
tant qu’être générique, en tant qu’être généré par la vie sociale, est
l’être de la pensée, la pensée réalisée en lui. La pensée n’est pas une
faculté de l’individu de l’espèce humaine, elle est le propre de
l’homme, c’est-à-dire d’un être issu de la vie en société. » Ceci est
arrivé parce que « l’homme a institué une rupture dans l’immédiateté de
la relation liant le vivant à son environnement, le vivant puisant dans
son environnement ce qui lui est nécessaire, à telle enseigne que la
relation est en quelque sorte organique entre les deux, entre la
bactérie et sa proie. » (p. 272) Ainsi, « l’homme […] est né d’une
discontinuité, d’une rupture dans le flux qui lie le besoin à sa
satisfaction. » De cette rupture dans l’immédiateté besoin/satisfaction
naît la médiation – et de la médiation, la pensée de la médiation : «
l’homme n’obéit pas à l’instinct mais aux règles fondatrices de la vie
sociale, il est l’être des obligations réciproques […] » (p. 77) «
L’instauration d’une médiation apporte avec elle la réflexion sur soi.
La conscience de soi va de pair avec la pratique sociale, elle trouve
son origine dans la reconnaissance sociale que nous tirons de cette
pratique. La conscience est le ricochet de l’autre et des autres en
nous. Cette conscience naît avec le langage (ou le langage naît avec
elle) et s’exprime par le langage. La conscience est l’acte de
concevoir, avec elle apparaît le concept. C’est le “je suis un être
humain” ou le “je suis un homme-chauve-souris” (ce qui revient
exactement au même) qui se déclinent dans toutes les langues connues ou
secrètes. […] L’être surgit avec le nom, c’est le rêve d’un nom de
l’ancêtre de l’homme, l’être humain est celui qui a un ou plusieurs noms
et qui entre ainsi avec son nom ou ses noms dans un système de
relations. » (p. 81)

C’est pourquoi la pensée existe : comme « réalité de l’agencement des
relations entre les gens. Cet agencement des relations entre les gens
forme un cosmos, un espace ordonné en sorte que tous communiquent avec
tous. Ce cosmos, cet espace où se déploie la communication de tous avec
tous, n’est pas ordonné par une pensée qui lui serait préalable, il est
la pensée même, il est l’expression de la pensée ; la réalité de
l’ordonnancement social (la réalité de la communication entre les
humains) est la réalité de la pensée. Nous n’avons pas à chercher plus
loin l’origine de la pensée. » (p. 91, c’est moi qui souligne.)

Ceci n’empêche pas Georges Lapierre de se demander comment s’est produit
cet événement fondateur, la rupture de l’immédiateté et l’apparition
conséquente du langage, de la conscience, etc. Loin des explications
tristes de la rencontre hostile avec d’autres primates (la guerre de
tous contre tous chère à Hobbes) ou utilitaristes (et tout aussi
tristes) de l’invention de l’outil qui aurait entraîné un développement
inédit du cerveau et des facultés mentales, il nous propose une
hypothèse beaucoup plus réjouissante : « J’imagine plutôt un geste plus
incongru, du moins pour nous, plus surprenant, celui du don, un primate
qui donnerait une banane à son voisin, suivi, quelque temps plus tard,
d’un geste tout aussi incongru sinon plus, celui d’un retour. Nous
pouvons aussi supposer (l’imagination n’est-elle pas qualifiée de folle
du logis ?) en prenant en compte le facteur temps que l’un et l’autre se
soient pris au jeu, entraînant dans cette sarabande, dans ce qui allait
être la geste de l’humanité, le reste de la bande. Une grande partie de
rigolade, en somme. » (p. 273, c’est moi qui souligne.)

Par la suite, au cours de la préhistoire puis de l’histoire, différents
modes de pensée se sont réalisés – et se réalisent encore, en différents
modes de médiation, de communication, d’échange : en différentes
sociétés. On peut les classer en différents types dans lesquels la
pensée est plus ou moins séparée, plus ou moins appropriée par une
classe de gens ou, au contraire, plus ou moins partagée par l’ensemble
des gens. « Aujourd’hui, nous sommes en présence de trois modes de
réalisation de la pensée de la médiation donnant trois types d’être
collectif : l’être individualiste, l’être théologique, l’être
communaliste. L’être individualiste est athée ou alors chrétien régénéré
[les born again des États-Unis et d’ailleurs, à image de George W.
Bush], c’est l’être de la séparation. La pensée est son extériorité,
comme la pensée de l’espèce est l’extériorité absolue pour l’individu de
l’espèce. L’être théologique est l’être religieux, en relation avec une
pensée générique confisquée par les clercs. L’être communaliste est
celui qui vit au sein d’une communauté de pensée, dans une relation
étroite avec l’esprit qui anime la vie collective. » (p. 74) Nous vivons
aujourd’hui la siuation dans laquelle la pensée de la peau de grenouille
verte, une pensée qui se veut unique – alors qu’elle n’est qu’une pensée
parmi d’autres, la pensée de l’Un, ce qui fait d’elle une pensée
indigente par rapport aux pensées des multiplicités – a établi sa
domination presque absolue et a colonisé la quasi-totalité de la
planète. Cette pensée se matérialise dans la marchandise et avant tout
dans la marchandise absolue, l’argent. Elle réduit tous les échanges
humains (et les « échanges » des humains avec leur environnement, si on
peut nommer ainsi le pillage des ressources) à l’échange marchand et
soumet chacune et chacun à l’empire de la nécessité (le besoin
d’argent). « C’est une erreur de penser, écrit Georges Lapierre dans son
deuxième livre, que le capitalisme commence par une accumulation,
primitive ou non, de capital, en l’occurrence sous sa forme la plus
simple, une accumulation d’argent. Le capitalisme est seulement une idée
dans certaines têtes qui s’impose avec de plus en plus de force et de
violence pour occuper peu à peu toutes les têtes. Ce que les idéologues
appellent l’accumulation de capital n’est qu’une accumulation de force
et de puissance, le mouvement d’une pensée en quête d’universalité : le
pouvoir pour une pensée, pour une idée, d’être effective, c’est-à-dire
de se réaliser. Le capital est seulement la prise d’ascendant d’un point
de vue, en l’occurrence celui des marchands, sur d’autres conceptions de
l’échange. » (p. 349, c’est moi qui souligne.) Finalement, le
capitalisme, ou la pensée du marchand, est le mode de réalisation de la
pensée de la médiation qui, en matérialisant cette médiation dans la
peau de grenouille verte, et en soumettant l’ensemble des hommes au
besoin d’argent et au travail en vue de s’en procurer, a supprimé tout
autre médiation et nous ramène au stade de la vie dépourvue de pensée,
telle que la vivaient les primates jusqu’à la découverte du don.

Comment en est-on arrivé là, c’est ce que se demande Georges Lapierre
dans le deuxième volet de son tryptique, Six Thèses pour une brève
hisoire du capitalisme. Ce qui a donné sa force au capitalisme, et qui
lui a finalement permis de soumettre presque toute l’humanité à sa
dynamique, c’est d’abord cette sorte de bombe atomique mentale qui a
désintégré tout le tissu de relations de sujet à sujet qui existait – et
existe encore ici et là – dans les sociétés sans État. Comme on l’a déjà
vu, les sujets n’étaient pas seulement des hommes ou des femmes, mais
aussi tout ce qui les entourait, tout ce qui faisait partie de leur «
soi » – plantes, animaux, éléments… Dans la société capitaliste, la
dynamique marchande a, depuis le XIIIe siècle environ, progressivement
tout transformé en marchandises, c’est-à-dire en objets. Georges
Lapierre avance que ce processus trouve sa matrice dans la société
grecque antique, où le fameux « miracle » de l’invention de la cité,
avec sa politeia, s’est produit sur le fondement de l’esclavage, soit un
rapport entre des citoyens-sujets et des esclaves-objets. « Nous sommes
trop immergés dans notre civilisation pour prendre la mesure exacte d’un
tel bouleversement. Pour la première fois toute une organisation sociale
se fonde sur les oppositions sujet/non-sujet, pensée/non-pensée,
citoyens/esclaves, humain/non-humain, culture/nature. L’extériorité fait
irruption à l’intérieur du soi, dans l’intériorité du soi, dans son
intimité, comme partie constitutive du soi. Le concept de nature
n’exprime tout compte fait qu’un rapport social. Le seul contenu donné à
cette extériorité, qui se trouve à l’intérieur du soi, est
l’asservissement. » (p. 363) C’est cette capacité d’objectivation qui a
donné l’avantage au capitalisme dans ses confrontations avec les autres
mondes. Les sociétés sans État, d’abord : modes de réalisation de la
pensée basées sur des relations de sujet à sujet (y compris entre
humains et non humains), elles virent les nouveaux arrivants, aussi
étranges qu’ils fussent (leur peau était pâle, ils apparaissaient montés
sur des animaux inconnus, leur langage était incompréhensible et leur
odeur improbable), comme des sujets – et donc comme des êtres dignes de
respect, et, en conséquence, leur offrirent cadeaux de bienvenue et
hospitalité. On sait comment les traitèrent les colons blancs. « La
société marchande, chrétienne et d’origine occidentale sait très bien
quel est son ennemi dans son entreprise de colonisation de la planète :
“Notre sûreté dépend de l’extermination des Indiens. Nous devrions, afin
de protéger notre civilisation, insister encore et débarrasser la Terre
de ces créatures indomptées et indomptables.” Ces mots d’un député
nord-américain à la fin du XIXe siècle ont été mis en pratique sur tous
les continents à mesure que s’étendait le front d’une guerre sociale
devenue universelle et exigeant la complète destruction de l’autre, son
anéantissement. » (p. 400) Quant aux sociétés théocratiques ou
théologiques, où l’État des clercs prétendait encore régir l’activité
marchande, elles ont succombé à leur tour sous les coups de boutoir de
la marchandise, d’autant plus facilement qu’elles n’offraient guère de
perspectives enthousiasmantes à leurs citoyens – telle l’URSS disparue
après la chute du mur de Berlin en 1989.

Engagé depuis des années aux côtés des peuples indiens du Mexique qui
luttent afin de préserver leurs territoires et leurs modes de vie,
Georges Lapierre, malgré un certain « pessimisme de l’intelligence »,
parle dans son troisième livre de ces luttes avec « l’optimisme de la
volonté » (Antonio Gramsci, c’est moi qui introduit cette référence). Il
y rend compte aussi de ses précieuses observations sur le « mode de vie
actuel » de ces peuples, lequel, défini par le terme de « communalité »,
constitue déjà en lui-même une forme de résistance. Un chapitre est
consacré à cette communalité, traduction en français du terme
comunalidad : il s’agit d’un « concept inventé par Floriberto Díaz Gómez
et Jaime Martinez Luna pour désigner le mode de vie d’une communauté
indienne, pour le premier celle de Tlahuitoltepec, communauté ayuujk
(mixe) de la Sierra Norte, pour le second, celle de Guelatao, communauté
binnizá (zapotèque), elle aussi de la Sierra Norte. » Georges Lapierre
nous adresse ici un avertissement important : les membres de ces
communautés ont eux-mêmes des termes pour désigner leur mode vie –
comunalidad n’est qu’une tentative de « traduction en espagnol de
concepts exprimés en langue vernaculaire. Ce qui est directement vécu,
le contenu implicite du mot dans la langue vernaculaire, disparaît dans
ce passage dans un autre mot, dans une traduction ; et ce passage dans
un autre mot est aussi bien le passage dans un autre monde ou dans une
autre réalité, la nôtre, ou réalité du monde occidental, chrétien et
capitaliste. Le contenu de ce concept doit alors être explicité et
décrit, il n’est plus donné (ou si peu) par l’expérience, mais approché
par l’imagination. Ce qui est une réalité dans le monde indien devient
une utopie dans le monde occidental, chrétien et capitaliste… ou une
nostalgie. » (p. 467-468)

Cette recherche qui a abouti au terme de comunalidad et qui a commencé
dans les années 1980 dans la Sierra Norte a été poursuivie jusqu’à
aujourd’hui, entre autres par la mise en place en divers lieux du
Mexique d’« ateliers de dialogue culturel » : une méthodologie qui vise
« à la conscience de soi : il s’agit de prendre conscience des valeurs,
des pratiques, des connaissances, des croyances sur lesquelles reposent
ce que [Georges Lapierre appelle] une vie sociale en résistance. »
Attention : « Il ne s’agit pas d’une conscience de soi en tant
qu’individu, comme on pourrait le penser, mais de la conscience de soi
en tant que peuple, en tant que société organisée selon un certain mode
et dans un certain esprit. » (p.468-469) Finalement, cette recherche et
son prolongement dans les ateliers de dialogue culturel ont permis de
comprendre et de décrire la communalité, soit « ce qui définit la forme
de vie et la raison d’être des peuples indiens ». Selon Floriberto Díaz,
elle est composée de « cinq éléments fondamentaux : 1) la Terre comme
mère et comme territoire ; 2) le consensus en assemblée pour la prise de
décision ; 3) le service gratuit comme exercice de l’autorité ; 4) le
travail collectif comme activité de récréation ; 5) les rites et
cérémonies comme expression du don communal. » (p. 471). Ce chapitre du
troisième livre développe de façon détaillée ces cinq éléments
fondamentaux – je ne peux ici que renvoyer au texte.

Bien sûr, ces formes de vie sont menacées. « La pression du monde
marchand se fait de plus en plus sentir. Peu à peu les communautés
perdent les moyens de leur indépendance, les ressources de leurs
territoires sont accaparées avec violence par des entreprises nationales
ou internationales. […] Pourtant cette autonomie en péril, moribonde, a
encore une réalité, elle n’a pas totalement disparu, dissoute dans le
vaste monde du shopping comme chez nous. » (p. 479-480) Ce sont les
luttes pour sa préservation et/ou sa renaissance que raconte ce
troisième livre, y compris, bien sûr, la lutte zapatiste – du moins
quelques aperçus de cette lutte, tels qu’ils ont été vécus par l’auteur.
Je n’en parle pas plus longuement ici car les informations sur ces
luttes sont facilement disponibles pour qui veut bien se donner la peine
de les chercher – un site internet, entre autres : La voix du jaguar,
les rapporte régulièrement.

Après ce compte-rendu probablement un peu trop long, il n’est pas
nécessaire de préciser que je recommande chaudement la lecture de Être
ouragans, lecture indispensable, me semble-t-il, à toutes celles et ceux
qui luttent ou veulent lutter contre le monde capitaliste.

Un dernier mot tout de même, pour saluer la posture de l’ami Georges,
telle qu’il la précise au tout début de son ouvrage, dans les
Remerciements : « Le livre est le résultat d’une dispute où sont
convoqués les vivants et les morts et dans lequel l’auteur n’est en fin
de compte que le médiateur du moment ; il ne fait, et c’est là son rôle,
que donner un sens au débat : il le met en perspective afin qu’il puisse
reprendre et se poursuivre dans un futur encore indéterminé. » À mon
tour de dire merci.

f. h., le 19 août 2005

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