Ana Bednik « Extractivisme, exploitation industrielle de la nature : logiques, conséquences, résistances »

Alors que le maillage tissé par l’aménagement du territoire se veut
toujours plus dense, visant à rendre les lieux qu’il cible toujours plus
capitalisables et contrôlables, il est des habitants qui lui opposent un
non ferme et sans appel. Ainsi du bocage de Notre-Dame-des-Landes et de
la vallée italienne de Susa qui luttent depuis des décennies contre des
infrastructures à grande vitesse, aéroport international pour l’un, TGV
Lyon-Turin pour l’autre. L’opiniâtreté de leur refus, autant que
l’ampleur que ces luttes ont acquise, ont fait mentir toutes les
prévisions du pouvoir. A tel point qu’elles redessinent aujourd’hui avec
leur propre plume l’avenir de leurs territoires.

Depuis Notre Dame des landes, la résistance à l’opération César en 2012
et les manifestations massives qui l’ont accompagné ont fait reprendre
goût à l’idée de victoire face aux tractopelles et aux gendarmes. Leur
retrait des 2000ha de la ZAD a laissé place à un espace libéré qui tend
à se soustraire au contrôle administratif, économique et policier, et où
s’expérimentent des formes de vie proches de ce que pourrait être une
commune ou une zone autonome. Les autorités ne dictent plus leurs Plans
d’aménagement et habiter, construire ou cultiver y prend par là-même des
formes tout autres, celles-ci évoluant au gré des besoins ou des envies,
s’extirpant peu à peu de l’architecture pacificatrice des villes comme
de la rentabilité touristique ou agricole des campagnes.

Dans la vallée alpine de Susa résonne un mouvement qui ne souffre aucune
négociation : « No TAV ». Ses drapeaux flottent dans chaque village, il
réunit à ses heures des dizaines de milliers de manifestants tout en
assumant des attaques répétées d’un chantier ou le sabotage des machines
qui tentent de défigurer la vallée. On y parle sans flagornerie d’un
peuple, peuple en révolte qui prend tour à tour la figure du barbier de
Bussoleno, d’un antagoniste de Turin, du poissonnier de Villardora ou
d’une grand mère catholique de Condove.

La ZAD et le mouvement No TAV incarnent, chacun avec son propre style,
des manières inédites de tenir inséparées la vie et la lutte, qui ont
bouleversé la pensée et l’agir politique de leurs pays respectifs. En
France, depuis 2012, d’autres projets d’aménagement ont trouvé face à
eux une détermination dont la lutte de Notre-Dame-des-Landes avait donné
l’élan. En Italie, le « mouvement du No » se répand jusqu’en Sicile : le
No MUOS contre les antennes militaires, le No PONTE à Messine, et
d’autres No TAV au Terzo Valico ou dans le Trentin.

L’expérience doit circuler simultanément aux slogans et à
l’enthousiasme, pour donner chair aux velléités de résistance. C’est
depuis cette intuition que nous avons entrepris après Constellations
l’écriture d’un nouveau livre qui donnera la parole à ces deux luttes.
Les batailles à venir n’ayant aucune déférence pour les délais
éditoriaux, nous diffusons dès aujourd’hui quelques entretiens réalisées
pour la rédaction de cet ouvrage à paraître début 2016.

Avec un lien Internet:
https://constellations.boum.org/spip.php?rubrique69

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